Habitat participatif : effet de mode ou modèle d’avenir ?

L’habitat participatif peut constituer un modèle d’avenir s’il répond à plusieurs conditions dont la principale tient à la définition que l’on donne à ce modèle renaissant. En effet si des expériences d’habitat participatif se sont développées nés dans les années 70 et n’ont d’ailleurs pas débouché sur une pérennité de ce mouvement, le contexte du renouveau depuis quelques années est différent. Et une affirmation d’un nouveau modèle est possible.

Encore faut-il être clair dans la définition même de l’habitat participatif.

La définition communément admise est celle reprise par la loi ALUR reconnaissant cette « troisième voie » de développement du logement comme une « démarche citoyenne qui permet à des personnes physiques de s’associer, le cas échéant avec des personnes morales, afin de participer à la définition et à la conception de leurs logements et des espaces destinés à un usage commun, de construire ou d’acquérir un ou plusieurs immeubles destinés à leur habitation et, le cas échéant, d’assurer la gestion ultérieure des immeubles construits ou acquis. »

Si l’essentiel de la définition ne pose pas problème (association et participation collective à la conception, la construction, l’acquisition), la construction d’espaces communs est particulièrement mise en avant. Or si ces espaces communs apportent un réel confort, sont le support de services communs, de liens sociaux, leur absence n’excluent en rien la possibilité de relations de voisinage, de convivialité. Par ailleurs nombreux sont les immeubles anciens bénéficiant d’espaces communs généreux, y compris en dehors des classiques parties communes. Et si ces espaces ont disparu, ce n’est en rien en rapport avec l’habitat participatif mais avec une logique financière qui recherche l’exploitation maximale du potentiel constructif, la réduction de tout espace commun (y compris les halls d’entrée) au minimum légal, et l’assujettissement de la conception à cet impératif financier.

C’est donc aussi la question financière à laquelle est lié la maîtrise réelle du projet qui doit faire l’objet d’une attention particulière dans une définition de l’habitat participatif. On ne saurait parler d’habitat participatif sans transparence (bilan financier connus de tous), sans possibilité réelle d’obtention d’une garantie financière d’achèvement de l’immeuble. Les possibilités existent pour découpler celle-ci de la logique des garanties classiques tout en apportant toute la sécurité possible. Or la définition communément admise ne dit rien de cet enjeu financier.

Aujourd’hui, les conditions sont en effet réunies d’une part pour que le modèle puisse être repris, dénaturé et appauvri par des promoteurs en instrument de marketing, d’autre part pour qu’il soit réduit à un gadget (les espaces communs) qui passera nécessairement de mode.

Une définition quelque peu différente pourrait être proposée : l’Habitat Participatif est une démarche collective qui permet à des personnes physiques de s’associer, afin de participer à la définition et à la conception de leurs logements, de construire ou d’acquérir un ou plusieurs immeubles destinés à leur habitation, de développer des projets communs relatifs à la qualité de l’habitat et la qualité urbaine. Il s’inscrit dans l’économie collaborative et se caractérise par une réduction des coûts d’intermédiation, une transparence, une maîtrise qualitative et financière des projets par les futurs acquéreurs.

Il est donc une alternative à la promotion immobilière (qui rappelons le consiste à faire des marges conséquentes sur un montant d’opération financé en quasi totalité par les acquéreurs dans le cadre de la VEFA), et plus généralement un moyen de libérer le logement et l’urbain de la logique de maximisation du profit. Il est aussi le vecteur d’une réappropriation de l’espace de vie, de l’espace urbain par ses habitants. Il est constitué des démarches d’association pouvant aller du partage d’un terrain en zone pavillonnaire associé à une extension de la surface habitable jusqu’à l’opération d’envergure de constructions d’immeubles associant les habitants à la construction mais aussi au développement du quartier, en passant par des initiatives collectives sur de l’habitat existant (création de jardins, prise en charge directe de l’entretien…).

Habitants, associations, architectes, collectivités locales, bailleurs sociaux, en tant qu’opérateurs de logement en accession sociale à la propriété ont un rôle majeur pour orienter et appuyer ce nouveau modèle.